"La Commune", de Louise Michel : préface de notre réédition

Mis à jour : mars 16


Il y a 2 ans, nous rééditions le récit de la Commune de Louise Michel. Un acte fondateur pour notre jeune maison. En voici la préface.



Alors qu’aujourd’hui le terme de révolution surgit souvent dans les contestations populaires, dans les médias, dans les projets présidentiels, il est sans aucun doute utile de rappeler qu’une révolution est un acte qui sous-entend un accomplissement total, et qu’il implique, au-delà de renverser un régime, d’instaurer un projet politique nouveau et cohérent. Les événements de 1871, l’Année terrible, sont à tous points de vue hors normes. Dans un contexte de siège, de guerre et d’instabilité politique a jailli une détermination puissante et libératrice, qui s’est traduit par la constitution d’une Commune, une expérience politique inédite – et qui l’est restée. Cette détermination n’est pas née ex nihilo ; les premiers chapitres du récit de Louise Michel expliquent bien l’ambiance politique et le bouillonnement des idées dans les clubs de Paris qui ont insufflé le passage à l’action.

Lire La Commune, c’est découvrir ces événements de l’intérieur et rencontrer une personnalité hors du commun. Louise Michel s’est entièrement donnée à sa cause ; elle a connu l’espoir immense d’une révolution en train de se réaliser, puis a survécu à la folie des combats, au désespoir de la défaite, de la prison et de la déportation. À chaque instant, elle est restée militante, exaltée et sans compromission.

Rééditer un tel texte pour une maison d’édition naissante, qui constitue donc son catalogue, est une démarche qui engage, car c’est une identité que l’on façonne à travers lui. Pour l’accomplir, nous avons fait des choix. D’abord celui de partir du récit initial, paru en 1898, sans les adjonctions des éditions suivantes postérieures au décès de l’auteure. Pour donner corps au texte et permettre au lecteur de se figurer les événements, une chronologie détaillée et un cahier illustré viennent en complément de la lecture. Le portfolio n’est pas à proprement

parler un « album de la Commune », il est le prolongement documentaire de la narration de Louise Michel et a été réalisé en partenariat avec le média Internet L’œil sensible, dont l’objet est d’explorer le passé à travers la photographie. La Commune est un événement historique qui se prête particulièrement bien à cette approche, car elle figure parmi les premiers conflits, avec la guerre de Sécession (1860-1865), à avoir produit des photographies en quantité.

Si la Commune appartient aux mythes fondateurs de nombre de courants politiques révolutionnaires, en particulier anarchistes, elle a été largement effacée de la mémoire officielle, des manuels et des programmes d’histoire. La IIIe République s’est bâtie sur la défaite de la France contre l’Allemagne et sur le massacre des communards. La défaite militaire a alimenté une rancœur et un nationalisme exacerbé qui ont conduit à la guerre de 1914, mais le bain de sang - moins facile à assumer - a été occulté, et la portée des événements minimisée.

Face aux révolutions, la réaction est rarement pacifique et la propagande contre les semeurs de chaos oublie bien vite de quoi un régime est capable pour se maintenir quand il vacille.

Ludivine Péchoux



La Commune, de Louise Michel, est disponible en librairie ou sur notre site.

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